Bae Bien U

Aujourd’hui, nous pouvons constater le dynamisme de la Corée du Sud tant économique que culturel, ses paysages urbains en perpétuel développement, sa scène artistique d’une vigueur exceptionnelle portée notamment par son cinéma et par des musées, festivals, foires d’art contemporain et autres biennales d’envergures internationales. Une génération née à la fin des années 1970, s’est largement emparée du médium photographique afin de témoigner de la richesse, de l’identité et de la complexité de leur pays si méconnu.

L’Art Contemporain ne cesse de se développer en Corée. Seoul Auction est la dixième maison de vente dans le monde pour l’art contemporain et la Corée du Sud pèse 3% du produits des ventes fine art dans le monde. En 2010, le prix de l’art  contemporain coréen augmente de 15 %. Ce marché est notamment développé, depuis la création du KIAF (Korea International Art Fair) en 2002. Le KIAF a pour mission de promouvoir l’art coréen, mais reçoivent également des invités étrangers.

Bien-u Bae a mis en valeur les sites et les paysages merveilleux de certaines régions de Corée tout en s’intéressant aux particularités entourant les coutumes. Son travail est une réflexion sur la communion avec la nature. En ce qui concerne la première, la civilisation occidentale matérialiste l’a réduite à l’état d’objet à exploiter au prix de destructions environnementales, et il n’est pas fortuit, qu’en peinture, elle ait cultivé l’art du portrait, tandis que l’Orient lui préférait les paysages. En effet, dans la culture de ces deux mondes, s’exprime une vision différente puisque les paysages peints du second ne montrent pas un Homme en dominateur de la nature, mais en partie intégrante de celle-ci, dans la mesure où il les voit tous deux en osmose. Dès lors, c’est à l’Homme qu’il appartient de s’adapter, voire de se soumettre aux lois de la nature car elle est source de vie et constitutive d’un monde avec lequel il lui faut vivre en harmonie. L’esthétique du vide se révèle inhérente à la nature par Bae.

 

Le photographe met l’accent sur la relation entre l’Homme et la nature. La communion avec la nature est le leitmotiv de l’œuvre photographique de Bae. Elle reflète la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec celle-ci. Bae voit dans le pin un contact entre le ciel et la terre. Il réussit à figer sur papier toute la dramaturgie et la magie du lieu mythique et l’énergie vitale des arbres pour les restituer en méditations intenses.

Bae pratique la photographie depuis les années 1970, mais depuis 1985, son travail s’oriente essentiellement autour de l’immortalisation des forêts de pins typiques de la Corée. Ce choix  ne semble pas anodin puisque le pin est un arbre à la signification sacrée dans la culture coréenne où il est considéré comme symbole de longévité. Selon lui, « les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen. »

Au-delà de la simple représentation de pins, Bae métamorphose la condition humaine: l’être humain est entouré par ses congénères mais reste un individu tel l’arbre dans la forêt. Le pin acquiert  une signification supplémentaire en étant considéré comme celui qui provient de la terre et s’élève vers le ciel dans une tentative de liaison entre les niveaux terrestres et célestes. Cette dimension est renforcée par les dynamiques verticales des arbres soulignées par les  plans coupés caractéristiques des oeuvres de Bae.

Les arbres qui se dressent bien droit dans une aube brumeuse apporte un réconfort semblant tenir du pouvoir apaisant de la nature. Sur cette vue prise aux premières lueurs de l’aube pour obtenir un effet de profondeur spatiale, le vide est constitué du ciel, de la montagne et des plaines aux contours estompés par la brume, le noir du tronc d’arbre ressortant avec encore plus de netteté sur ce fond nébuleux.

Pour Bae, l’appareil photo prend la place de la peinture. Une des caractéristiques des photos de Bae est le contraste entre le noir et le blanc, par lequel les photos sont intensifiées. En regardant les photos qui ont été prises dans des forêts de pins typiques de la Corée,  on peut aussi découvrir l’histoire et la culture coréenne.

L’atmosphère introspective et contemplative des photographies de Bae provient de son intérêt pour l’étude de la lumière aux différents moments de la journée, opposant lumière crue de matin et lumière rasante de la fin du jour. Bae a eu des influences de l’artiste hongrois Moholy Nagy à travers une modulation de lumière.  Il joue également avec les variations atmosphériques telles que la brume ou l’humidité pour obtenir des effets particuliers. A ces caractéristiques, Bae adjoint un temps de pose élevé rappelant le mouvement pictorialiste du début du XXe siècle. Il ne s’agit pas de reproduire le réel et sinon d’en capter l’essence et d’utiliser ce réel comme matière de l’oeuvre. Le paysage est représenté tel une métaphore et possède des significations propres que le spectateur est libre d’interpréter.

Les œuvres de Bae sont philosophiques et méditatives. Ses photos se ressemblent plutôt à des peintures orientales. Le pin est considéré comme un médium ou intermédiaire qui noue la relation entre les Hommes et le ciel. L’arbre pin est un symbole de l’esprit du savant voire la vie en continuelle évolution. A travers ses oeuvres, Bae traduit la quintessence de la philosophie orientale et exprime le principe fondamental du dualisme selon lequel chaque chose se divise en deux concepts opposés qui évoluent conjointement en fonction du lieu et de l’espace temporal de leur rencontre.

Selon Jong Ku KIM, professeur à l’Université Ewha, « Si ses paysages touchent autant le cœur du public par-delà les frontières, c’est par son originale vision à l’horizontale qui procure à l’observateur une impression faite de sérénité, de présence puissante et de profondeur. Si nombre d’artistes ont certes réalisé une œuvre paysagère, celle de Bae fait naître une émotion particulière par la beauté et la profondeur qui s’y expriment de manière calme et sereine. »

La série des pins a fait le renom mondial de Bae, celui-ci n’en souligne pas moins que ses dernières productions porteront plutôt, comme à ses débuts, sur le littoral de Yeosu. Né dans cette agglomération de la province de Jeollanam-do, cet artiste se passionnait pour le dessin dès le cours primaire et c’est un étudiant plus âgé qui allait lui faire connaître le monde de la photographie à l’époque où il étudiait la conception et la communication visuelles à l’Université Hongik, éveillant en lui cet engouement pour le huitième art, dont la conjugaison avec son insatiable soif de voyages allait l’encourager à un changement de cap.

La beauté de ses œuvres ne réside pas dans les troncs d’arbre qui hachurent l’image de leurs lignes droites ou courbes, mais des espaces vides qui s’intercalent entre eux et semblent inonder la forêt de brume.
Ses photographies marines ou de montagne, à Jeju, procèdent du même effet, notamment dans le deuxième cas, où les contours estompés du relief créent, à leur jonction avec le ciel, un espace blanc qui n’est pas pour autant vide, puisque l’observateur peut donner libre cours à son imagination pour le doter d’un contenu. Dans la peinture à l’encre traditionnelle, les zones laissées en blanc participent de la composition d’ensemble tout autant que les colorées et les plus fins esthètes, tant coréens qu’étrangers, n’ont pas manqué d’être sensibles à la reprise de ce principe en photographie.

Bae s’est fait connaître depuis qu’Elton John a acheté une de ses œuvres en 2005 à London Photo. Après avoir entrepris de faire connaître ses œuvres à l’étranger, vers la fin des années 1990, Bae a davantage produit dans de lointaines villes comme New York, Paris, Londres, Zurich, Berlin ou Madrid, que dans son propre pays. La portée internationale de son œuvre photographique s’est manifestée par sa présence parmi les collections d’établissements de renommée mondiale tels que le Musée d’Art contemporain de Houston, le Musée de photographie contemporaine de Chicago et le Musée national d’art moderne de Tokyo, aux côtés des Collections de Sol Le Witt, Elton John, Sisley et Cartier.

La cote de Bae Bien U pour le marché de l’art aux enchères :

Le prix record de Bae atteint 74 900 $ (104 858 €) en novembre 2007 à Phililps de Pury & company avec Pine Tree réalisé en 1995 alors que l’œuvre a été estimée entre 30 000 et 50 000$. Malgré l’intérêt grandissant pour Bien-U Bae à la scène internationale, les prix d’adjudication des œuvres en vente aux enchères n’augmentent pas autant. Pourtant, les photos de Bae sont les plus chères en Corée du sud parmi les photographes contemporains. Il est l’un des photographes les plus recherchés sur le marché actuel. Les collectionneurs s’intéressent de plus en plus au travail de Bae, notamment les collectionneurs européens. Dans cette perspective, la cote de Bae va augmenter.

En général, la moitié des œuvres de Bae mises en vente aux enchères, soit 56% a été adjugée au dessus de l’estimation. 22% des œuvres mises en vente ont été adjugées dans les prix d’estimation alors que seulement celles de 9% ont été vendues en dessous de l’estimation. Les prix d’estimation en moyenne se situent entre 80 000 et 90 000 euros.

Bae a commencé à être reconnu grâce à London Photo où Elton John avait acheté sa première photo de Bae en 2005. Depuis, il est très recherché à Londres mais toujours attiré par les grands collectionneurs asiatiques : coréens, chinois ainsi que les collectionneurs européens qui prennent l’ampleur aujourd’hui. Ses œuvres se vendent au mieux à Hong Kong et Londres.

Bae a une place importante aujourd’hui sur la scène internationale. Bae Bien-U s’est acquis une renommée internationale par les vues qu’il a réalisées, d’après une commande de l’État espagnol, de l’Alhambra et des Jardins du Generalife, lesquels sont classés au Patrimoine mondial depuis 1984. Il a décrit dans le Palais de Charles V instantanés que les jardins sœur monument de Grenade avec Palais de Changdok à Séoul.

Malgré l’intérêt grandissant des collectionneurs européens pour Bae, il n’y a pas de galeries parisiennes qui représentent Bae. Alors qu’il a été représenté par la galerie Jean-Luc & Takako Richard Paris dans les années 1990 et la galerie RX a représenté Bae à Paris Photo en 2010.

La photographie admise au rang des arts en Corée depuis seulement 10 ans, est devenue à la fois la base et l’épicentre du monde de l’art aujourd’hui. Elle est actuellement en pleine mutation.

Selon le rapport annuel de 2008/2009 réalisée par Artprice, Bae a été placé en 279ème rang parmi les artistes contemporains au niveau des ventes du 1er juillet 2008 au 30 juin 2009 avec 192 221 euros de produits des ventes par 7 lots vendus. L’année d’après il a perdu sa place tout en étant situé au 301ème place avec 172 309 euros de produits des ventes par 8 lots vendus entre 1er juillet 2009 et le 30 juin 2010.

Cependant, les transactions des œuvres de Bien-u Bae se font plutôt dans les galeries par rapport aux maisons de vente aux enchères.

L’important problème de l’art coréen actuel au niveau du marché international est toujours qu’il est très peu connu à l’étranger notamment en Europe. Il y a peu d’artistes coréens qui sont connus en France par rapport aux artistes japonais ou chinois. Pourtant, la notoriété des artistes coréens est élevée dans les pays anglo-saxons et en Asie. Il faudrait développer la notoriété des artistes coréens.

Seon Ok KIM
Publicités

À propos photoexpo
photoexpo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :