Léo Caillard – Interview pour Photographie.com

Léo Caillard – Interview pour Photographie.com

Quel est le visage de la photographie émergente ? Quelles sont les frontières que les jeunes artistes contemporains s’efforcent de briser ? Quelles sont leurs sources d’inspiration ? Nous avons posé ces questions à Léo Caillard, jeune photographe auteur de la très remarquée série « Art Game ». Passionné par les techniques modernes de retouche, ce spécialiste du faux-semblant visuel pose les conditions d’une nouvelle révolution artistique. 

Photographie.com : Vous faites partie de la jeune photographie émergente. Comment définiriez-vous cette notion ? Qu’est ce qui vous anime, qu’est ce qui vous inspire ?

Je ne pense pas qu’un photographe « émergent » en ait conscience. C’est le retour du public qui lui fait réaliser que son oeuvre prend forme.

La photographie émergente est à mon avis une photographie décomplexée, qui aime la prise de risque et souhaite utiliser les évolutions rapides des techniques de manière créative, sans en avoir peur. L’arrivée du numérique a bouleversé les codes de toute une génération de photographes. Le rejet de ces nouveaux outils se fait encore ressentir aujourd’hui dans le milieu de l’art tout comme dans certaines pratiques photographiques.

Ce qui m’anime, c’est cette ouverture créative qu’offrent les moyens techniques actuels en photographie. C’est la possibilité d’utiliser des outils qui jusqu’à maintenant restaient propres à la photographie de commande publicitaire (retouche, 3D etc..) pour construire un propos artistique et parler de notre monde. Je pense que c’est ça la photographie émergente contemporaine.

Photographie.com : Dans beaucoup de vos séries, vous jouez avec la réalité et la fiction, pour créer un monde qui vous est propre. Pourquoi cette passion pour la fiction-alité ? Qu’est ce que vous désirez communiquer par ces oeuvres ?

La photographie est en soi une interprétation, une vision subjective d’un évènement – même la photo humaniste argentique est une fiction. Pourquoi s’obliger à représenter le réel « tel qu’il est » en photographie contemporaine, alors que les moyens techniques nous offrent la possibilité d’en donner notre propre interprétation ?

La peinture a depuis bien longtemps dépassé le cadre réducteur de la représentation figurative. La photo s’en approche, petit à petit, car pour beaucoup de gens encore, une photo non-réaliste est une photo qui « ment « . La post-production n’est pas encore une pratique toujours bien vue.

De mon point de vue, si le fait de remanier mes images me permet d’en tirer un sens bien réel, un propos qui questionne le spectateur et qui apporte un autre regard sur le monde, alors j’ai gagné mon pari. C’est ma manière de photographier.

Photographie.com : Comment s’inscrit votre vision artistique dans l’actuelle photographie émergente ? Y-a-il des tendances, des points communs que vous pouvez identifier ? 

C’est une période riche et complexe en photographie. Les temps sont durs, alors je pense que les photographes osent plus qu’auparavant.

Je pense que la narration est au coeur de la photographie contemporaine. Jusque dans les années ’70, la photographie était majoritairement un outil de communication en presse, un moyen de témoigner sur les évènements du monde. Les grands photographes de la période humaniste ont d’ailleurs beaucoup marqué les esprits, à tel point qu’il a fallu un vrai temps à la photographie pour se réinventer.

Après une période plasticienne, presque conceptuelle, on retrouve une approche photographique narrative. Mais on est cette fois-ci bien loin du réel brut, on préfère la mise en scène, presque cinématographique et contemplative. Pour les plus anciens, je pense à des photographes tels qu’Erwin Olaf avec sa série Hope, Nadav Kander et son livre sur le Yangtsé. Pour les plus récents, je pense aux oeuvres des photographes de mode tels que Suzie Q + Leo Siboni, ou encore aux dernières séries de Romain Laurent. Ma photographie se veut elle aussi contemplative, hors du temps, impossible à dater. Elle parle d’une époque au sens large plus que d’un fait précis.

Photographie.com : Chaque génération d’artistes désire révolutionner l’art… Quelle est votre façon à vous de mettre en oeuvre cette révolution ? Est-ce que vous avez constaté la présente de freins, de réticences ? 

Oui, en effet, chaque génération d’artistes souhaite faire avancer le propos. Je pense que pour mettre en oeuvre cette révolution, il faut observer le monde bouger, l’analyser, en comprendre les rouages pour imaginer des images fortes qui donneront à penser.

Beaucoup de « résistances » sont encore à l’oeuvre. Entre photographie de commande et photographie artistique, il y a un saut que beaucoup de personnes n’aiment pas franchir. Cédric Delsaux, dont l’excellent travail est à mon goût d’une grande inspiration, est tout à fait dans le propos de la photographie artistique contemporaine. Il aura fallu des artistes comme lui pour ouvrir le chemin à la jeune photographie émergente.

Il y a beaucoup de résistance aussi vis-à-vis du numérique et des nouvelles techniques de création en photographie : le fait d’avoir des fichiers reproductibles, donc en soi sans valeur, l’évolution permanente des techniques etc… Tout ceci offre matière à critiquer.

Mais le marché de la photo est en plein essor, Paris Photo en est la preuve : de nombreuses galeries s’intéressent de plus en plus à ce qu’ils appellent les « nouveaux médias » artistiques. De toute manière, la « révolution artistique » suivra les changements profond qui vont nécessairement transformer nos sociétés modernes dans les années à venir. Le tout est d’avoir l’oeil pour les anticiper.

Photographie.com : Sur quoi travaillez-vous actuellement ? 

Je travaille sur une série inspirée du travail du duo d’artistes Elmgreen & Dragset autour de l’ apparition de zones urbaines dans des paysages insolites. A voir très prochainement…

Propos recueillis par Roxana Traista

http://www.photographie.com/news/leo-caillard-la-photographie-emergente-est-une-photographie-decomplexee

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Bae Bien U

Aujourd’hui, nous pouvons constater le dynamisme de la Corée du Sud tant économique que culturel, ses paysages urbains en perpétuel développement, sa scène artistique d’une vigueur exceptionnelle portée notamment par son cinéma et par des musées, festivals, foires d’art contemporain et autres biennales d’envergures internationales. Une génération née à la fin des années 1970, s’est largement emparée du médium photographique afin de témoigner de la richesse, de l’identité et de la complexité de leur pays si méconnu.

L’Art Contemporain ne cesse de se développer en Corée. Seoul Auction est la dixième maison de vente dans le monde pour l’art contemporain et la Corée du Sud pèse 3% du produits des ventes fine art dans le monde. En 2010, le prix de l’art  contemporain coréen augmente de 15 %. Ce marché est notamment développé, depuis la création du KIAF (Korea International Art Fair) en 2002. Le KIAF a pour mission de promouvoir l’art coréen, mais reçoivent également des invités étrangers.

Bien-u Bae a mis en valeur les sites et les paysages merveilleux de certaines régions de Corée tout en s’intéressant aux particularités entourant les coutumes. Son travail est une réflexion sur la communion avec la nature. En ce qui concerne la première, la civilisation occidentale matérialiste l’a réduite à l’état d’objet à exploiter au prix de destructions environnementales, et il n’est pas fortuit, qu’en peinture, elle ait cultivé l’art du portrait, tandis que l’Orient lui préférait les paysages. En effet, dans la culture de ces deux mondes, s’exprime une vision différente puisque les paysages peints du second ne montrent pas un Homme en dominateur de la nature, mais en partie intégrante de celle-ci, dans la mesure où il les voit tous deux en osmose. Dès lors, c’est à l’Homme qu’il appartient de s’adapter, voire de se soumettre aux lois de la nature car elle est source de vie et constitutive d’un monde avec lequel il lui faut vivre en harmonie. L’esthétique du vide se révèle inhérente à la nature par Bae.

 

Le photographe met l’accent sur la relation entre l’Homme et la nature. La communion avec la nature est le leitmotiv de l’œuvre photographique de Bae. Elle reflète la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec celle-ci. Bae voit dans le pin un contact entre le ciel et la terre. Il réussit à figer sur papier toute la dramaturgie et la magie du lieu mythique et l’énergie vitale des arbres pour les restituer en méditations intenses.

Bae pratique la photographie depuis les années 1970, mais depuis 1985, son travail s’oriente essentiellement autour de l’immortalisation des forêts de pins typiques de la Corée. Ce choix  ne semble pas anodin puisque le pin est un arbre à la signification sacrée dans la culture coréenne où il est considéré comme symbole de longévité. Selon lui, « les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen. »

Au-delà de la simple représentation de pins, Bae métamorphose la condition humaine: l’être humain est entouré par ses congénères mais reste un individu tel l’arbre dans la forêt. Le pin acquiert  une signification supplémentaire en étant considéré comme celui qui provient de la terre et s’élève vers le ciel dans une tentative de liaison entre les niveaux terrestres et célestes. Cette dimension est renforcée par les dynamiques verticales des arbres soulignées par les  plans coupés caractéristiques des oeuvres de Bae.

Les arbres qui se dressent bien droit dans une aube brumeuse apporte un réconfort semblant tenir du pouvoir apaisant de la nature. Sur cette vue prise aux premières lueurs de l’aube pour obtenir un effet de profondeur spatiale, le vide est constitué du ciel, de la montagne et des plaines aux contours estompés par la brume, le noir du tronc d’arbre ressortant avec encore plus de netteté sur ce fond nébuleux.

Pour Bae, l’appareil photo prend la place de la peinture. Une des caractéristiques des photos de Bae est le contraste entre le noir et le blanc, par lequel les photos sont intensifiées. En regardant les photos qui ont été prises dans des forêts de pins typiques de la Corée,  on peut aussi découvrir l’histoire et la culture coréenne.

L’atmosphère introspective et contemplative des photographies de Bae provient de son intérêt pour l’étude de la lumière aux différents moments de la journée, opposant lumière crue de matin et lumière rasante de la fin du jour. Bae a eu des influences de l’artiste hongrois Moholy Nagy à travers une modulation de lumière.  Il joue également avec les variations atmosphériques telles que la brume ou l’humidité pour obtenir des effets particuliers. A ces caractéristiques, Bae adjoint un temps de pose élevé rappelant le mouvement pictorialiste du début du XXe siècle. Il ne s’agit pas de reproduire le réel et sinon d’en capter l’essence et d’utiliser ce réel comme matière de l’oeuvre. Le paysage est représenté tel une métaphore et possède des significations propres que le spectateur est libre d’interpréter.

Les œuvres de Bae sont philosophiques et méditatives. Ses photos se ressemblent plutôt à des peintures orientales. Le pin est considéré comme un médium ou intermédiaire qui noue la relation entre les Hommes et le ciel. L’arbre pin est un symbole de l’esprit du savant voire la vie en continuelle évolution. A travers ses oeuvres, Bae traduit la quintessence de la philosophie orientale et exprime le principe fondamental du dualisme selon lequel chaque chose se divise en deux concepts opposés qui évoluent conjointement en fonction du lieu et de l’espace temporal de leur rencontre.

Selon Jong Ku KIM, professeur à l’Université Ewha, « Si ses paysages touchent autant le cœur du public par-delà les frontières, c’est par son originale vision à l’horizontale qui procure à l’observateur une impression faite de sérénité, de présence puissante et de profondeur. Si nombre d’artistes ont certes réalisé une œuvre paysagère, celle de Bae fait naître une émotion particulière par la beauté et la profondeur qui s’y expriment de manière calme et sereine. »

La série des pins a fait le renom mondial de Bae, celui-ci n’en souligne pas moins que ses dernières productions porteront plutôt, comme à ses débuts, sur le littoral de Yeosu. Né dans cette agglomération de la province de Jeollanam-do, cet artiste se passionnait pour le dessin dès le cours primaire et c’est un étudiant plus âgé qui allait lui faire connaître le monde de la photographie à l’époque où il étudiait la conception et la communication visuelles à l’Université Hongik, éveillant en lui cet engouement pour le huitième art, dont la conjugaison avec son insatiable soif de voyages allait l’encourager à un changement de cap.

La beauté de ses œuvres ne réside pas dans les troncs d’arbre qui hachurent l’image de leurs lignes droites ou courbes, mais des espaces vides qui s’intercalent entre eux et semblent inonder la forêt de brume.
Ses photographies marines ou de montagne, à Jeju, procèdent du même effet, notamment dans le deuxième cas, où les contours estompés du relief créent, à leur jonction avec le ciel, un espace blanc qui n’est pas pour autant vide, puisque l’observateur peut donner libre cours à son imagination pour le doter d’un contenu. Dans la peinture à l’encre traditionnelle, les zones laissées en blanc participent de la composition d’ensemble tout autant que les colorées et les plus fins esthètes, tant coréens qu’étrangers, n’ont pas manqué d’être sensibles à la reprise de ce principe en photographie.

Bae s’est fait connaître depuis qu’Elton John a acheté une de ses œuvres en 2005 à London Photo. Après avoir entrepris de faire connaître ses œuvres à l’étranger, vers la fin des années 1990, Bae a davantage produit dans de lointaines villes comme New York, Paris, Londres, Zurich, Berlin ou Madrid, que dans son propre pays. La portée internationale de son œuvre photographique s’est manifestée par sa présence parmi les collections d’établissements de renommée mondiale tels que le Musée d’Art contemporain de Houston, le Musée de photographie contemporaine de Chicago et le Musée national d’art moderne de Tokyo, aux côtés des Collections de Sol Le Witt, Elton John, Sisley et Cartier.

La cote de Bae Bien U pour le marché de l’art aux enchères :

Le prix record de Bae atteint 74 900 $ (104 858 €) en novembre 2007 à Phililps de Pury & company avec Pine Tree réalisé en 1995 alors que l’œuvre a été estimée entre 30 000 et 50 000$. Malgré l’intérêt grandissant pour Bien-U Bae à la scène internationale, les prix d’adjudication des œuvres en vente aux enchères n’augmentent pas autant. Pourtant, les photos de Bae sont les plus chères en Corée du sud parmi les photographes contemporains. Il est l’un des photographes les plus recherchés sur le marché actuel. Les collectionneurs s’intéressent de plus en plus au travail de Bae, notamment les collectionneurs européens. Dans cette perspective, la cote de Bae va augmenter.

En général, la moitié des œuvres de Bae mises en vente aux enchères, soit 56% a été adjugée au dessus de l’estimation. 22% des œuvres mises en vente ont été adjugées dans les prix d’estimation alors que seulement celles de 9% ont été vendues en dessous de l’estimation. Les prix d’estimation en moyenne se situent entre 80 000 et 90 000 euros.

Bae a commencé à être reconnu grâce à London Photo où Elton John avait acheté sa première photo de Bae en 2005. Depuis, il est très recherché à Londres mais toujours attiré par les grands collectionneurs asiatiques : coréens, chinois ainsi que les collectionneurs européens qui prennent l’ampleur aujourd’hui. Ses œuvres se vendent au mieux à Hong Kong et Londres.

Bae a une place importante aujourd’hui sur la scène internationale. Bae Bien-U s’est acquis une renommée internationale par les vues qu’il a réalisées, d’après une commande de l’État espagnol, de l’Alhambra et des Jardins du Generalife, lesquels sont classés au Patrimoine mondial depuis 1984. Il a décrit dans le Palais de Charles V instantanés que les jardins sœur monument de Grenade avec Palais de Changdok à Séoul.

Malgré l’intérêt grandissant des collectionneurs européens pour Bae, il n’y a pas de galeries parisiennes qui représentent Bae. Alors qu’il a été représenté par la galerie Jean-Luc & Takako Richard Paris dans les années 1990 et la galerie RX a représenté Bae à Paris Photo en 2010.

La photographie admise au rang des arts en Corée depuis seulement 10 ans, est devenue à la fois la base et l’épicentre du monde de l’art aujourd’hui. Elle est actuellement en pleine mutation.

Selon le rapport annuel de 2008/2009 réalisée par Artprice, Bae a été placé en 279ème rang parmi les artistes contemporains au niveau des ventes du 1er juillet 2008 au 30 juin 2009 avec 192 221 euros de produits des ventes par 7 lots vendus. L’année d’après il a perdu sa place tout en étant situé au 301ème place avec 172 309 euros de produits des ventes par 8 lots vendus entre 1er juillet 2009 et le 30 juin 2010.

Cependant, les transactions des œuvres de Bien-u Bae se font plutôt dans les galeries par rapport aux maisons de vente aux enchères.

L’important problème de l’art coréen actuel au niveau du marché international est toujours qu’il est très peu connu à l’étranger notamment en Europe. Il y a peu d’artistes coréens qui sont connus en France par rapport aux artistes japonais ou chinois. Pourtant, la notoriété des artistes coréens est élevée dans les pays anglo-saxons et en Asie. Il faudrait développer la notoriété des artistes coréens.

Seon Ok KIM

Vik Muniz

Vik Muniz est un artiste photographe brésilien travaillant entre New York et le Brésil. Il est né en 1961 à São Paulo dans une famille modeste. Son éducation artistique s’achève très tôt. Par la suite il débutera sa carrière dans le marché de la publicité. C’est grâce à ce premier métier que Muniz sera plus tard obsédé par l’image et surtout par le pouvoir de contrôle et de manipulation qui s’en dégage.

En 1984 il part vivre aux États Unis et s’installe à New York deux ans plus tard. La perte de son livre fétiche The Best of Life en 1988 sera le point de départ de son travail sur la création d’image iconique issue de sa mémoire, qu’il photographie par la suite. Le rôle du dessin et celui de la photographie dans son œuvre lui servent à nourrir sa pensée sur l’illusion que donne une image. Ernst Gombrich parlera de son travail comme « l’art de l’illusion ».

À la suite de cette expérience, il se dédiera à la photographie en travaillant sur la question de la nature, de la représentation visuelle en photographiant des mises en scènes imaginées avec d’autre medium.

  Série Ordures, 2009

Aujourd’hui Vik Muniz est un artiste reconnu à l’internationale, ses nombreuses expositions personnelles et collectives en témoignent. Son travail fut de nombreuses fois récompensé par des prix tel que celui décerné par l’International Center of Photography en 1998, le prix Premio Villa de Madrid en 2005. Il fut aussi plusieurs fois récompensé par les autorités brésiliennes notamment par la ville de Rio, le gouverneur de Minas Gerais en 2009 ou encore par le gouverneur José Serra de l’État de Sao Paulo en 2010.  Ses expositions ont fait le tour du monde, Il a notamment exposé à la Galeria Camargo Vilaça à Sao Paulo au Brésil mais aussi à la Dan Bernier Gallery à Los Angeles aux Etats-Unis en 1997. Le Metropolitan Museum of Art de New York lui a de nombreuses fois ouvert ses portes ainsi que la galerie Xippas à Paris qui le defend notamment en France. Les institutions les plus prestigieuses au monde s’accordent à lui proposer leur lieux pour presenter son travail. En 1998, il participe à la 24e Biennale internationale de São Paulo et en 2001, il représente le Brésil à la 49e Biennale de Venise. Ses nombreuses participations à des expositions et foires lui vaudront d’être consacrer par le Time Magazine comme l’un des artistes leaders du millénaire et le New York Times recommande son œuvre comme un anti-dépresseur certain, le décrivant comme « une idée enveloppée de surprise et de rire ».

Jackie (From pictures of diamonds), 2005 Cibachrome

Vik Muniz travaille depuis la fin des années 80. Utilisant le réel pour le sublimer ou pour lui donner une autre réalité, cet artiste détourne les codes visuels et transgresse les échelles de proportions. Sa création se fait en plusieurs étapes. Lorsque certains peintres apposent sur leur toile le trait qui distinguera les frontières de leur sujet, Muniz imagine, redessine une icône dans sa pensée, la retranscrit sur un support (pas toujours le papier) grâce à tout type de matériaux comme le sucre, le chocolat, les ordures et photographie la matière qui donne à voir son image. Il emprisonne sur son support tout type de matériaux de récupération à l’image d’un Daniel Spoerri, il accumule des objets du quotidien révélateur de l’état de la société à l’image d’un Arman ou encore il recrée des icônes de diamants à idolâtrer à l’image d’un Damien Hurst. Toutes ses figurations sont immortalisées grâce aux photographies de ces créations.

Sans titre, 1999

Dans une révision constante de l’histoire de l’art, Muniz prend comme référence les plus grand chef d’œuvres mondiaux de toutes les époques. Allant de Dürer à Monet, de Richter à Warhol, il revisite les icônes artistiques (La Mona Lisa) mais aussi de personnages célèbres (Marylin Monroe) et les réactualise.

  Double Mona Lisa (Peanut Butter and Jelly, After Warhol), Cibachrome1999

Muniz ne s’enferme pas dans une création appelée « brésilienne », c’est un artiste issue du continent américain, dont les problématiques auxquelles il s’attache sont d’ordre occidentale. Mais la question de l’image est universelle ; Qu’est ce que montre à voir une image ? Quel message veut-elle délivrer ? Et comment le fait elle ? Plus qu’une simple interprétation de l’image, Muniz détourne des matériaux de leur utilisation première pour en faire la matière de ses « peintures ». Confiture, poussière, chocolats, cartons, sac en papier, tout est bon pour créer une image à partir d’éléments non conventionnels. Il travaille plusieurs support, allant de la vidéo à la photographie, utilisant des matériaux de récupération comme les matériaux les plus précieux au monde. Ses images sont à la fois familières car on reconnaît les personnages et énigmatiques dans le traitement picturale choisit et mystérieuses par l’aura qu’elles dégagent.

Quelle a été sa cote ?

Vik Muniz travaille depuis la fin des années 80. Si sa popularité a émergé au bout de plusieurs années, sa cote en vente aux enchères a débuté en 1997. 2001 sonne comme l’année ou sa cote a réellement commencé à devenir importante. En effet, la moyenne des ventes pour cette même année s’évaluait à 350 000€ environ, tandis qu’en 2010, le chiffre d’affaire de ses pièces dépassait les 2 000 000 €.

Quelle est sa cote aujourd’hui?

Pour les 4 premiers mois de l’année 2011, 21 pièces de Vik Muniz ont été proposées aux enchères dont 18 ont été adjugées, ce qui fait 85 % de lots vendus.  Le total des adjudications est de 401 978 €, frais inclus. Les pièces qui se vendent le mieux restent ses représentations d’icones faites en matières précieuses comme la Black Marilyn from series Pictures of Diamond Dust/Reversal Black Marilyn from the series Pictures of Diamond Dust de 2003 et vendu au Royaume – Uni le 14 avril dernier par Phillips de Pury & Company à Londres pour 560184 €. Ou encore ses réinterprétations d’œuvres mondialement connu comme After Claude Monet (from pictures of colour) de 2001 et vendu au Royaume – Uni le 18 février 2011 toujours par Phillips de Pury & Company à Londres. Sa série sur les After plait beaucoup aux amateurs de son art car il reprend les œuvres les plus connu du grand public et les réinterprète, 8 pièces ont été présentées dont une non vendue. Avec sa série sur les grandes icones féminines du siècle dernier, les pièces se vendent généralement entre 30 et 60 000 €. 3 pièces ont été présentées et vendues en 2011. On peut citer par exemple The Dream, after Picasso from the series Pictures of Pigment de 2007 adjugée pour 61 803 € au Royaume Uni par Phillips de Pury à Londres le 14 avril 2011.

Cette photographie provient de la galerie Arndt & Partner de Berlin. Fait en 2007 elle a été proposé aux enchères trois ans plus tard. Il semblerait donc qu’elle provienne d’un premier marché.

Il est intéressant de remarquer que le drapeau de Muniz a été vendu le double de son estimation haute alors que les Doubles Flag de Jasper Johns ne font que 400 € en vente aux enchères (la dernière datant du 8 avril 2011, vendu à Piasa Paris).

Quelle sera sa cote ?

Il est certain que sa cote augmentera encore d’ici les prochains mois. Après une baisse significative due à la crise financière de 2008, sa cote est repartie à la hausse en 2010. Le total des adjudications pour cette année risque de ne pas être à la hauteur du record de 2006 même si l’apparition au cinéma de son film en 2010 Waste land peut provoquer un regain d’intérêt des collectionneurs pour l’artiste.

Où se vend-il au mieux ?

La place où le photographe se vend le mieux est certainement New York. Plusieurs raisons doivent être souligné pour souligner l’intérêt des américains pour Muniz. D’abord l’artiste vit et travaille à New York depuis plus de 20 ans. Il est représenté en galerie (Sikkema Jenkins and Co.) à New York et dans d’autres villes des États-Unis comme à la galerie Rena Bransten de San Francisco.

De plus le sujet du drapeau américain est un sujet naturellement plus attrayant pour des collectionneurs venant des États-Unis que pour le reste des collectionneurs.

Qui collectionne ou achète en ce moment ?

Concernant le marché, Vik Muniz occupe les places les plus importantes en ventes aux enchères. En 2009, il est principalement présent sur les places des États-Unis (50 % de ses œuvres y sont présentées), de la Grande Bretagne (16 % de ses œuvres y sont présentées) et de l’Italie (12 % de ses œuvres). La France quant à elle n’a présenté que 9 % de ses pièces.

Le marché se concentre donc sur les États-Unis et la Grande Bretagne qui se partagent à elles seules 64 % et 20 % du marché en 2010.